La ville de Drusenheim se situe sur le lieu d’un ancien castel
construit par le général romain Claudius Drusus, commandeur de la Gaule et des Germanies supérieure et inférieure. Pour
arrêter les incursions des barbares, Drusus construit une cinquantaine
de places fortifiées le long du Rhin. L’une d’entre elle, nommée
Drusenburg ou Drusenburghof, est bâtie sur l’actuel site de Drusenheim.
D’ailleurs, le nom «Drusenheim» est originaire de l’expression «Drusus-heim» ou habitation de Drusus.
Celui-ci, promis à une belle
carrière, meurt des suites d’une chute de cheval en 9 av. JC. Son frère
Tibère Néron hérite de la couronne impériale. Aux alentours de 1900, on
a découvert un casque romain près de la route entre Drusenheim et
Offendorf. Il est aujourd’hui visible au musée historique de Haguenau. Les noms des soldats qui l’ont successivement porté sont inscrits dans le métal.
Au 8ème siècle, Drusenheim dépend de l’abbaye d’Arnolfsau. Probablement située à proximité de Drusenheim à l’origine, l’abbaye est ensuite déplacée à Schwarzach (Allemagne) après une révolte paysanne en 825. Le village continue toutefois de dépendre de cette abbaye durant six siècles. Drusenheim passe ensuite entre les mains de plusieurs seigneurs successifs, dont les célèbres comtes de Hanau-Lichtenberg de 1570 à 1736. Durant la guerre de Trente ans (1618-1648), Drusenheim est le théâtre de nombreux affrontements. L’empereur Ferdinand III fait même une visite à la caserne du village, caserne qui accueille aujourd’hui la mairie de la ville voisine de Dalhunden.
Au milieu du 17ème siècle, l’Alsace devient française, et Drusenheim est complètement dépeuplée par les guerres, les famines et les épidémies. Certaines terres n’étant même plus cultivées faute de paysans, on fait venir des Suisses, des Allemands, des Lorrains pour repeupler le village. Dès cette époque et jusqu’à la révolution française, Drusenheim est considéré comme un poste militaire retranché mais incapable de tenir un siège de grande ampleur.
De nombreux affrontements ont lieu à Drusenheim entre la guerre de Trente ans et le milieu du 18ème siècle. Après cette période chaotique, la paix s’installe enfin, le village se reconstruit et se développe. L’église est étendue aux alentours de 1780, l’industrie se développe. La Révolution n’a eu que peu d’influence sur la vie quotidienne des habitants, ecclésiastiques exceptés. En revanche, la guerre déclarée le 20 avril 1792 au Saint Empire Romain Germanique impose un nouveau conflit à Drusenheim.
A la défaite de l’empereur Bonaparte, en 1814, la région est occupée par les troupes russes, autrichiennes et allemandes. La population souffre beaucoup des nombreuses exactions commises par les militaires. Le 19ème siècle sera celui des révolutions à Drusenheim. Révolution démographique d’abord, la population triple entre 1805 et 1820. Révolution industrielle ensuite, avec la création de la filature et de la tuilerie et les travaux d’endiguement du Rhin. Révolution militaire enfin, le poste de Drusenheim est déclassé. Pas de révolution politique locale, en revanche : seuls quatre maires seront en fonction de la restauration jusqu’au 20ème siècle.
La guerre franco-allemande de 1870, perdue par la France, impose le rattachement de l’Alsace à l’Allemagne. Durant la première guerre mondiale, c’est donc sous l’uniforme allemand que les soldats drusenheimois se sont battus. 53 hommes ont perdu la vie sur les champs de bataille. Après la victoire de la France, Alsace et Moselle redevinrent des provinces françaises. Drusenheim prospère, l’industrie se développe, la vie religieuse et associative connait un nouvel essor.
La seconde guerre mondiale, qui couvait depuis plus d’un an, est déclarée le 3 septembre 1939. Un grand plan d'évacuation a été préparé depuis plusieurs années. Drusenheim fait partie de la zone 1, les villages alsaciens dont la population devait être déplacée en cas de conflit.
L’ordre d’évacuation est donné le 31 août 1939. Les habitants ont alors
24 heures pour partir, emportant généralement le minimum. Après un
passage dans plusieurs villes et villages de la région, ils montent
dans des trains. Direction le Limousin, plus
précisément Saint-Léonard-de-Noblat pour les habitants de Drusenheim.
Après des débuts difficiles, en raison surtout des conditions extrêmes
dues à la guerre et la pauvreté qu'elle entraîne, la vie s’organise. Le
21 juin 1940, l’armée française capitule, les autorités allemandes
ordonnent alors le retour des populations évacuées. Durant le mois
d’août et le début septembre, l’ensemble des Drusenheimois réfugiés à
Saint-Léonard est rapatrié.
Le village et les terres sont à l’abandon depuis un an, de nombreuses maisons sont endommagées, les granges ont été pillées. La vie publique était déjà bien "germanisée", la propagande avait fait son œuvre. Les noms de rues français sont changés, les enseignes des commerces démontées, l’allemand était langue officielle. Dès août 1942, les jeunes hommes sont incorporés de force, sauf bien sûr ceux qui parviennent à déserter. La Libération, effective dès juin 1944 en Normandie et à Paris, devra attendre la fin de l’année et le début 45 pour atteindre enfin Drusenheim.
Une première libération de la ville a lieu le 12 décembre 1944, par les forces américaines. Les allemands s’étant retirés sans combattre, le village fut donc relativement épargné. Le 5 janvier, la contre-attaque nazie est lancée, sous le nom de code « Nordwind ». C’est le début du calvaire pour Drusenheim. Les premières victimes civiles tombent le jour même, touchées par l’artillerie allemande. Le 20 janvier, l’armée US se retire au Barrwald et commencent à bombarder le village. Les dégâts les plus importants sont situés autour de l’église, dont le clocher constituait un point d’observation privilégié des allemands. La population vit un véritable calvaire durant les deux mois qui suivent, subissant la faim, le froid, les bombes, l’artillerie, les combats de rue.
Enfin, le 17 mars, les allemands quittent Drusenheim. Quatre jeunes gens rassemblent alors leur courage pour aller prévenir, à travers les champs de mines, les troupes alliées stationnées à proximité. Le village est libéré par 3 régiments, dont le 9ème régiment des
zouaves d’Alger, commandé par l’adjudant-chef Pradeau, originaire de
Saint-Léonard-de-Noblat.
Au cours de ce premier trimestre 1945, une
cinquantaine de victimes civiles sont décédées à Drusenheim.
74
soldats, enrôlés sous l’uniforme allemand ou français, sont tombés au
combat. Les dégâts matériels sont très importants, le village est
détruit à 85%. La ville se verra d’ailleurs attribuer la croix de
guerre avec étoile de vermeil en 1948.
Depuis la fin de la seconde guerre mondiale, le village de Drusenheim est devenu une ville. La population a plus que doublé en 50 ans pour dépasser aujourd'hui les 5 000 habitants. Des
industries pourvoyeuses d’emplois se sont installées, des lotissements ont été construits pour accueillir de nouveaux habitants. Des infrastructures de qualité, rarement visibles dans une ville de 5000 habitants seulement, ont été créées :
maison des jeunes et de la culture,
piscine été-hiver, pistes cyclables, gymnase intercommunal, aujourd’hui l'
espace de loisirs "Le Gabion" et les Jardins de l’Altwasser. Des travaux d’urbanisme, d’assainissement, de rénovation routière ont également créé un cadre de vie agréable et sûr. Enfin, le
fleurissement de la commune a été courronné en 2007 par l'attribution de la 4ème fleur au concours national des Villes et Villages Fleuris.